Une fois de plus, les rues de la capitale haïtienne sont marquées par le sang d’un innocent. Lundi 18 août, Zamy Wanderson, jeune bachelier de 19 ans, fraîchement diplômé du Collège Canado Haïtien (56ème promotion 2024–2025), a été tué par balle devant les locaux du Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), à Delmas 83.
Selon des témoins, alors que des enseignants manifestaient pacifiquement pour revendiquer leurs droits, un agent de sécurité a choisi de tirer en l’air pour disperser la foule. Mais dans un pays où les balles ne connaissent jamais de limites, l’une d’entre elles a traversé la foule, blessé légèrement un motocycliste avant de terminer sa course dans le corps de Zamy, passager assis à l’arrière de la moto. Transporté d’urgence, il n’a pas survécu.
La question demeure : comment un ministère censé incarner l’éducation et l’avenir des jeunes peut-il devenir une zone de mort ? Les revendications sociales en Haïti trouvent toujours la même réponse : balles, gaz lacrymogènes, répression. Ici, ce n’est pas seulement un manifestant qui est tombé, mais un symbole : un étudiant, un jeune plein d’avenir, réduit au silence par l’absurdité d’un système violent et irresponsable.
Le silence complice des autorités
Depuis l’incident, ni le MENFP, ni la Police nationale n’ont fourni d’explication ni annoncé de mesures disciplinaires à l’encontre de l’agent impliqué. Ce mutisme institutionnel est un second crime : il démontre le mépris total des autorités pour la vie humaine et banalise l’usage de la violence létale contre la population. Ce silence équivaut à une complicité.
La mort de Zamy Wanderson illustre une tragédie plus large : celle d’une jeunesse haïtienne sacrifiée, privée d’avenir, condamnée à vivre dans un pays où l’école ne rime plus avec savoir, mais avec deuil. Ses camarades de promotion pleurent déjà un frère d’armes, tandis que ses rêves, à peine esquissés, s’effondrent dans l’indifférence d’un État absent.
Si un jeune diplômé peut mourir ainsi devant le ministère chargé de protéger et de former la jeunesse, que reste-t-il d’espoir pour les enfants, les professeurs, les simples passants ? Ce drame n’est pas un accident isolé : c’est le reflet d’un système qui écrase, qui tue, et qui ne rend jamais de comptes.
Que le sang de Zamy Wanderson ne soit pas versé en vain. Que sa mort serve de cri d’alarme pour réveiller une conscience collective anesthésiée par l’habitude du malheur.
























