Port-au-Prince, 19 août 2025 — Une fois de plus, la justice haïtienne s’illustre par son incapacité à inspirer confiance. Ce mardi, l’ancien sénateur des Nippes, Nenel Cassy, pourtant sanctionné par les États-Unis et le Canada pour complicité avec les gangs armés, a été remis en liberté par le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Frantz Monclair, après quelques heures d’audition.
La décision, loin de surprendre, confirme un mal profond : en Haïti, la justice n’est pas un instrument d’équité, mais un outil au service des élites politiques et de leurs réseaux d’influence. Alors que des milliers de citoyens anonymes croupissent en prison sans procès pour des délits mineurs, un ancien parlementaire soupçonné de collusion avec des groupes criminels retrouve sa liberté sans difficulté.
Pour une population quotidiennement terrorisée par les gangs, ce spectacle est vécu comme une gifle. Comment comprendre que ceux accusés d’alimenter le chaos par leurs alliances troubles avec les criminels échappent systématiquement à toute sanction réelle ? Cette libération, après une arrestation médiatisée, ressemble à une mise en scène destinée à calmer l’opinion publique, avant de retourner rapidement à la normalité de l’impunité.
Nenel Cassy, décrit comme proche du pouvoir intérimaire, incarne ce système où la politique sert de bouclier contre la justice. Le message est clair : l’appareil judiciaire ne fonctionne pas pour protéger les victimes, mais pour préserver les intérêts des puissants, même au prix du discrédit total de l’institution.
Chaque libération controversée accentue la fracture entre l’État et la société. Les Haïtiens, déjà livrés à eux-mêmes face aux gangs, constatent que la justice ne sanctionne pas les coupables, elle les recycle. Ce n’est plus seulement une parodie de justice, mais une trahison envers la nation.
[Luckson Pierre]
























