La violence des gangs plonge Haïti dans une crise sans précédent. Dans la capitale et ses environs, des milliers de citoyens vivent sous la menace constante des enlèvements, des meurtres et des affrontements armés. Loin d’être un phénomène récent, cette insécurité chronique s’est aggravée ces dernières années, alimentée par un État défaillant et un climat de totale impunité.
Les gangs, autrefois manipulés par des acteurs politiques, ont aujourd’hui échappé à tout contrôle. Ils se livrent à des luttes de territoire, terrorisant les populations locales. Des quartiers entiers comme Martissant, Croix-des-Bouquets et Cité Soleil sont devenus de véritables zones de non-droit. Selon des organisations de défense des droits humains, plus de 2 500 personnes ont été tuées ou enlevées en 2023 dans des violences liées aux gangs.
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, la situation s’est encore détériorée. L’absence d’un gouvernement fort et la faiblesse de la Police nationale d’Haïti (PNH) ont permis à ces groupes armés de s’étendre et de renforcer leur influence.
Pour les habitants, la vie quotidienne est un combat de chaque instant. Les enlèvements contre rançon se multiplient, frappant toutes les couches sociales. « Personne n’est épargné, même les plus pauvres », confie un commerçant du centre-ville.
Les violences forcent aussi des milliers de familles à fuir. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime que plus de 100 000 Haïtiens ont été déplacés internes en raison des affrontements entre gangs. Beaucoup trouvent refuge dans des écoles, des églises ou dorment dans la rue, sans accès aux services de base.
Face à cette crise, l’État haïtien peine à réagir. La police, en sous-effectif et sous-équipée, n’a pas les moyens d’affronter des gangs lourdement armés. « Nos hommes font face à des criminels mieux équipés qu’eux », déplore un responsable de la PNH sous couvert d’anonymat.
Les tribunaux, gangrenés par la corruption et l’insécurité, fonctionnent au ralenti. Résultat : les criminels restent impunis, renforçant un sentiment de peur et de désespoir chez la population.
En attendant, la population continue de souffrir, prise en otage par une violence qui semble incontrôlable. Haïti, jadis symbole de résilience et de lutte pour la liberté, est aujourd’hui une nation à genoux, en quête d’un espoir fragile.
























