Les quartiers de Delmas 30, Nazon et leurs environs offrent aujourd’hui l’image d’un champ de bataille. Murs criblés de balles, maisons éventrées, commerces incendiés : la désolation domine là où régnaient autrefois la vie et l’activité.
Après plusieurs mois de combats, certains résidents ont osé revenir constater l’ampleur des dégâts. La vision est insoutenable : rues désertes, objets abandonnés, logements inhabités.
« C’est comme si une tempête de guerre avait traversé le quartier », confie un habitant, choqué, qui demande à rester anonyme par crainte de représailles.
À l’origine de cette destruction : la coalition criminelle Viv Ansanm. Pendant plusieurs jours, ses hommes ont imposé leur loi dans ces zones stratégiques, incendiant, pillant et terrorisant les populations. Delmas 30 et Nazon se retrouvent ainsi transformés en territoires dévastés, marqués par la brutalité des affrontements.
Dans une première communication diffusée après les événements, des porte-paroles de Viv Ansanm ont tenté de justifier leur présence. Selon eux, ces attaques seraient une « réponse aux persécutions de l’État et de ses alliés », et une « démonstration de force face aux opérations policières récentes ».
Leur discours, oscillant entre menace et justification politique, révèle surtout leur volonté de se poser en acteurs incontournables de la crise sécuritaire, au-delà de leur statut criminel.
Face à cette situation, les habitants dénoncent l’inaction et même la complicité tacite de l’État.
« Laisser faire, c’est être complice », s’indigne un riverain, pointant l’absence de mesures concrètes pour disperser les criminels et protéger les civils.
Les critiques rappellent que malgré les saisies d’armes spectaculaires et les coups ponctuels de la police, aucune stratégie globale n’a été mise en place pour reprendre durablement le contrôle de la capitale.
Ces événements traduisent une fois de plus l’effondrement de l’autorité publique. Port-au-Prince, rongée par l’expansion des gangs, glisse chaque jour davantage vers le chaos. Les quartiers de Delmas et Nazon deviennent aujourd’hui le symbole d’une capitale livrée à la terreur, où la population oscille entre colère, peur et résignation.
[Luckson Pierre]
























