Alors que le gouvernement haïtien diffuse un communiqué célébrant une rencontre diplomatique “de haut niveau” entre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le Deputy Secretary of State américain Christopher Landau, une image fait le tour des réseaux sociaux, révélant un tout autre son de cloche. Selon certaines sources médiatiques, cette délégation haïtienne aurait été reçue à Washington non pas par de hauts responsables décisionnels, mais par un employé subalterne, qualifié même de “troisième rang”.
Cette dissonance entre le discours officiel triomphaliste et la perception publique d’humiliation traduit un malaise profond dans la posture diplomatique d’Haïti. Car dans les relations internationales, tout est symbolique : qui vous reçoit, à quel endroit, à quel niveau, tout cela envoie un message clair sur le respect (ou le mépris) accordé à une délégation étrangère.
Si cette information s’avère exacte, il ne s’agit pas seulement d’un affront protocolaire. C’est le reflet d’un problème plus vaste : la perte de poids diplomatique d’Haïti sur la scène mondiale. L’urgence humanitaire, l’effondrement sécuritaire, la paralysie institutionnelle — tous ces drames semblent relégués au second plan par des partenaires internationaux de plus en plus distants, sinon indifférents.
La classe dirigeante haïtienne, elle, continue de s’accrocher à des formules creuses et des rencontres sans portée réelle, espérant que la photo d’un déplacement suffira à calmer l’opinion nationale. Mais le peuple n’est plus dupe. Ce dont Haïti a besoin, ce n’est pas d’un agenda diplomatique cosmétique, mais d’une véritable stratégie de rétablissement de sa crédibilité, qui passe par la sécurité intérieure, la lutte contre la corruption, et la mise en place d’un gouvernement fonctionnel et légitime.
En somme, la diplomatie haïtienne ne peut pas continuer à courir derrière les symboles tout en fuyant la substance. Il est temps de mettre fin aux voyages inutiles, aux illusions de grandeur, et de concentrer l’énergie sur la seule priorité qui vaille : restaurer l’État haïtien pour redevenir un interlocuteur sérieux dans le concert des nations.
|Luckson Pierre|
























