Ce matin, un fait à la fois troublant et révélateur s’est produit dans plusieurs quartiers de la commune de Carrefour. À Fontamara, Bizoton, Thor, Mon Repos et d’autres zones avoisinantes, ce ne sont pas les forces officielles de sécurité qui assuraient la protection de la population, mais des hommes lourdement armés, en treillis militaires, dépourvus de toute reconnaissance officielle.
En l’absence totale d’agents de la Direction Centrale de la Police Routière (DCPR) ou de l’unité EDUPOL, toutes deux relevant de la Police Nationale d’Haïti (PNH), ce sont ces hommes aux allures paramilitaires qui ont régulé la circulation et encadré le déroulement des examens officiels, assurant que les élèves puissent se rendre à leurs centres d’évaluation et que l’ordre règne aux abords des établissements.
Cette prise de contrôle par des individus armés non identifiés interroge sur la disparition de l’État dans certaines zones du pays. Alors que les examens officiels sont un moment crucial pour des milliers de jeunes, l’absence de la police et d’une structure officielle pour assurer la sécurité constitue une faille grave dans les missions régaliennes de l’État.
Le spectacle de ces groupes armés, parfois assimilés à des milices ou à des membres de gangs organisés, agissant comme des forces d’ordre de substitution, illustre un basculement dangereux dans la normalisation de l’informel et de l’illégal dans le fonctionnement du pays.
Si certains parents et enseignants ont salué le calme apparent permis par cette présence inhabituelle, d’autres dénoncent une forme d’intimidation silencieuse. Car derrière cette organisation de façade se cache une réalité alarmante : celle d’un pouvoir parallèle qui impose ses propres règles, en marge de l’autorité légitime, dans un climat d’impunité totale.
« C’est rassurant de voir que les enfants ont pu passer, mais on ne peut pas appeler ça la sécurité. C’est la loi du plus fort », confie une mère, visiblement partagée entre soulagement et malaise.
Ce type de prise de contrôle localisé par des groupes armés n’est plus une exception en Haïti. Il traduit l’affaiblissement progressif des institutions, et l’émergence de nouveaux centres de pouvoir, souvent illégaux, mais paradoxalement perçus comme plus efficaces que les structures étatiques défaillantes.
La question n’est plus seulement sécuritaire, elle est désormais institutionnelle et politique : que reste-t-il de l’État lorsqu’il délègue de fait sa mission de sécurité à des hommes sans badge ni serment ?























