Par la Rédaction
Fritz Alphonse Jean rentre de Jamaïque avec, dans ses bagages, des poignées de mains, des promesses creuses et des mots bien choisis. Pendant ce temps, Port-au-Prince continue de brûler. La capitale est mutilée, les enfants fuient les balles, les femmes accouchent dans la peur, les familles dorment dans la rue. Et la réponse du monde ? Des discours. Encore.
À Kingston, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a reconnu — presque avec désinvolture — que la force multinationale en Haïti ne produit aucun résultat tangible. Il promet une révision de l’approche. Très bien. Mais où est le calendrier ? Où sont les ressources ? Où est la volonté politique réelle ? La seule urgence qu’on semble reconnaître, c’est celle d’attendre.
Des parlementaires américains écrivent des lettres. Des diplomates expriment leur “profonde inquiétude”. Des chefs d’État caribéens parlent d’Haïti comme d’un “État au bord de la faillite”. Mais qui agira avant qu’il ne soit trop tard ? Faut-il un génocide à huis clos pour réveiller les consciences ? Faut-il des milliers de morts de plus pour qu’on cesse les conférences et qu’on passe enfin aux actes ?
Haïti n’a pas besoin de compassion. Haïti a besoin de courage. De solidarité active, pas symbolique. La République est en chute libre. Les gangs ne “menacent” plus la souveraineté du pays : ils l’ont déjà prise. Et ce n’est pas un secret pour personne. Tout le monde le sait. L’ONU le sait. Washington le sait. La CARICOM le sait. Le monde entier regarde… et détourne les yeux.
Pendant ce temps, les Haïtiens résistent. Tant bien que mal. Dans les quartiers populaires, dans les camps de fortune, dans les hôpitaux à l’agonie, le peuple tient. Il souffre, il endure, mais il espère encore. Pour combien de temps ?
Cet éditorial est un cri. Un cri de rage et de dignité. Un cri pour dire que l’indifférence tue autant que les balles. Un cri pour rappeler que chaque jour d’inaction est une trahison. Haïti n’est pas un problème à gérer. C’est un peuple à défendre.
Et il est temps. Plus qu’il ne l’a jamais été.
























